Conférence Yves Baudron — Interdépendance des végétaux à fleurs et des pollinisateurs utiles aux abeilles – janvier 2016

Nous avons assisté à une conférence d’Yves Baudron ( L’abeille athégienne) sur l’interdépendance des végétaux à fleurs et des pollinisateurs dont le contenu nous a paru fort intéressant et dont il a eu la gentillesse de nous faire part. Nous n’hésitons pas à partager avec vous ses réflexions sur le sujet. Un grand merci à lui ! Bonne lecture et bonne culture !

Catherine

 

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Les pollinisateurs et les plantes utiles aux abeilles :

Interdépendance des végétaux à fleurs et des pollinisateurs

Un nombre croissant de personnes sont aujourd’hui fortement motivées par la préservation de la bio-diversité, par le monde des insectes pollinisateurs et en particulier par les abeilles domestiques. Ceci est une prise de conscience excellente. Il faut rappeler que 80 % des phanérogames (plantes à fleurs) sont dépendantes, à des degrés variables, des pollinisateurs pour leur reproduction (pollinisation entomophile). La pollinisation des 20 % restants se fait par le vent (pollinisation anémophile). Les colibris et certaines chauves- souris participent aussi à ce travail.

A – Apparition des pollinisateurs

On estime que les pollinisateurs sont apparus sur terre voici 100 millions d’années, en même temps que les angiospermes. (phanérogames = angiospermes + gymnospermes). C’est en effet chez les angiospermes que sont apparues les plantes mellifères.
Les pollinisateurs comptent les abeilles domestiques et sauvages, quelques mouches, des guèpes et bourdons et certaines fourmis, plus de 1000 espèces en France, mais aussi dans les régions tropicales et sub-tropicales les colibris et certaines chauves-souris.

Certains de ces insectes et les abeilles en particulier, sont à juste titre considérés comme des sentinelles de la qualité environnementale (air, eau, diversité et qualité florale). Nombre de communes souhaitent posséder des ruchers afin de disposer de supports pédagogiques et de prouver la bonne qualité de leur environnement (génétique de l’abeille). Dans cet esprit, un nombre croissant de communes optent pour un usage « phyto-zéro ».

B – Action de fécondation

Tous ces animaux sont en recherche de nectar, lequel est habituellement produit dans la corolle de la fleur, sur le réceptacle. Pour atteindre ce nectar les insectes ou autres colibris se frottent aux anthères et récoltent des grains de pollen sur leurs poils ou leurs plumes. On remarque qu’un agent butineur, au cours d’un vol, se spécialise dans un seul type de fleurs, ce qui augmente le rendement de la fécondation croisée. Lorsque la corolle de la fleur est longuement tubulée, certains pollinisateurs, tels les bourdons dont les pièces buccales sont courtes, n’hésitent pas à déchirer la base externe de la corolle pour accéder plus facilement au nectar.

C – Conséquences positives pour le végétal

Il existe, chez les phanérogames (plantes à fleurs) une grande diversité de type de fleurs. Mais même chez les fleurs hermaphrodites, la fécondation croisée est bénéfique car elle favorise l’adaptation aux changements de conditions édaphiques (ensemble des facteurs de croissance). Par ailleurs, elle évite les dégénérescences ou pertes de vitalité liées à la consanguinité. On observe que, même chez les plantes autogames (autofertiles), le nombre, la qualité et la grosseur des fruits sont augmentés par la pollinisation entomophile.

D – Difficultés actuelles pour les pollinisateurs en Europe

1° – Adaptation aux changements climatiques. On observe depuis 20 ans une modification des aires de répartition de la flore et de la faune. Les régions septentrionales devenant plus tempérées, certaines races d’insectes sont remontées de 2 à 300 km vers le Nord. La chenille processionnaire du pin maritime, autrefois cantonnée aux Maures, à l’Esterel et aux Landes se retrouve maintenant au Nord de la Loire. Metcalfa pruinosa est en train de remonter vers le Nord (proche des cicadelles). Cependant la plupart des insectes ont la capacité de s’adapter aux changements climatiques, et en particulier l’abeille qui, sur une période de 100 millions d’années a connu d’importantes variations climatiques.

2° – Invasion de nouveaux prédateurs
Le plus notable est le frelon asiatique qui, depuis son arrivée à Bordeaux en 2004, n’a cessé d’accroître son aire de colonisation en Europe. Cet insecte est un fléau pour les abeilles mais également pour tout ce qui vole dans un rayon de 5 km autour de son nid. En Aquitaine, on dénombre jusqu’à un nid tous les 800 mètres.

3° – Les facteurs négatifs induits par les pratiques de l’agriculture intensive sont de beaucoup plus préoccupants. Remembrement, disparition des haies et usage d’herbicides, souvent rémanents, ont grandement appauvri la diversité florale. Or la quantité mais aussi la diversité des sources de pollen influe directement sur la vitalité des pollinisateurs, en particulier sur celle des abeilles.

Mais l’emploi généralisé des insecticides de dernière génération du groupe des néonicotinoïdes, des neurotoxiques est l’élément le plus préoccupant. La plupart des céréaliers et des oléiculteurs ne souhaitent plus se passer de ces spécialités qui sont responsables de mortalités très importantes dans les ruchers proches ainsi que sur l’ensemble des pollinisateurs.

De plus, certaines sélection de variétés génétiquement modifiées (colza) ont perdu une partie de leur aptitude à produire du nectar.

La pollinisation concerne :

– beaucoup de plantes autogames (fleurs auto-fertiles),
– les plantes hétérogames (le pollen fécondant vient d’une autre fleur, protandrie*),
– et les plantes à sexes séparés, monoïques (noisetier, houx, fleurs mâles ou femelles sur

le même sujet) ou dioïques (Ginkgo, Cycas, peupliers, Actinidia, fleurs mâles ou femelles sur des pieds distincts).

*protandrie = maturité précoce des organes mâles par rapport aux organes femelles plus tardifs.

Parmi les plantes assujetties aux pollinisateurs, 30 à 35 % sont des plantes vivrières. Les amandiers (Prunus amygdalus), cacaoyers (Theobroma cacao) et caféiers (Coffea arabica, C. canephora, robusta, C. liberica) sont strictement dépendants. Les pommiers le sont à un niveau moindre.

Certains légumes sont eux aussi dépendants :
la tomate, la courge, et autres solanacées, concombre, cornichon, melon mais aussi les légumes se reproduisant par graines : carotte, oignons, … sont tous dépendants des pollinisateurs (production de melons et tomates sous serre, grâce aux bourdons) mais aussi en plein air : pommier, poirier. Une ruche de pollinisateurs peut se louer 100 à 150 € pour une à deux semaines.

Au niveau mondial, on estime à plus de 153 milliards d’euros l’incidence des pollinisateurs sur l’agriculture, ce qui représente 10 % de la production alimentaire mondiale.

Deux exemples :

Un cas particulier : la vanille (Vanilla planifolia), orchidée originaire d’Amérique centrale (Sud du Mexique, Guatemala, Belize et Honduras) est principalement pollinisée par une espèce d’abeille sauvage, (Euglossa viridissima). Dans tous les pays où cette espèce a été introduite (Zanzibar, Réunion, Maurice, Madagascar, Indonésie, Inde, …) l’homme remplace le travail de cet insecte qui ne peut s’acclimater.

En Inde du Nord-Est (Hindu Kush) la production de pommiers a chutée de 50 % en conséquence de l’usage abusif des insecticides et en Chine, province du Sichuan, les hyménoptères ont complètement disparu depuis les années 1980 en raison de l’usage massif des insecticides (DDT, …). Dans cette région, les arboriculteurs pollinissent les arbres fruitiers à la main.

Il n’est pas rare non plus de trouver autour de soi des personnes qui, souvent sans formation technique, achètent ruches et essaims pour les installer dans un jardin, sur une terrasse ou bien un balcon en faisant confiance à la nature pour que ces abeilles leur apportent le miel familial espéré. Parmi ces personnes, rares sont celles qui auront, au préalable, fait un inventaire de la flore proche de leur domicile. Et si la qualité de cette flore est insuffisante, les déconvenues sont inévitables, sans parler d’éventuelles difficultés administratives ou bien de voisinage.

Car si un grand nombre de plantes à fleurs sont dépendantes des pollinisateurs, les abeilles, elles, ne peuvent pas vivre hors la présence de plantes mellifères.

Qu’est ce qu’une plante mellifère ? Au sens étymologique, ce serait une plante qui nous donnerait du miel. Cette appellation est donc impropre mais elle est souvent employée pour désigner des végétaux donnant du nectar ou bien du miellat.

Sur 4000 espèces indigènes françaises, 600 sont réputées mellifères.

Les plantes utiles aux abeilles sont les végétaux : nectarifères, pollenifères et (ou) propolifères présents dans un rayon moyen de trois km autour de la colonie ainsi que les essences à miellat.

On estime qu’un kg de miel représente 5 millions de fleurs butinées et 40 000 km parcourus (soit environ le tour de la terre).

Quelques familles de plantes mellifères :

Les végétaux sont classés selon l’ordre systématique proposé par Carl von Linné, botaniste suédois du 18 ème siècle. Ce classement repose sur les organes de reproduction des plantes. Il a peu évolué jusqu’à nos jours. Les végétaux sont regroupés en variétés botaniques, espèces, genres et familles. Quelques familles regroupes des espèces aux aptitudes nectarifères intéressantes :

  • –  éricacées : Arbutus, Erica, Callune, Rodhodendron, Oxydendron,
  • –  rutacées : agrumes, Evodia, Phellodendron
  • –  rosacées : un très grand nombre de fruitiers, à pépins ou bien à noyaux, Filipendula
  • –  légumineuses (= fabacées) : Robinia (acacia), Sophora, Lotus (lotier), Medicago(luzerne), Melilotus (mélilot), Onobrychis (sainfoin), trèfles, …
  • –  crucifères (= brassicacées) : colza, moutarde, …
  • –  composées (= astéracées) : tournesol, achillée, bleuet, gaillarde, verge d’or, …
  • –  labiées (= lamiacées) : thym, serpolet, lavande, sauge, mélisse, …
  • –  polygonacées : Fagopyrum (sarrasin), Polygonum, … -…Nectar :La production de nectar est fonction : – de la génétique,
  • –  des conditions édaphiques : sol (composition physique et chimique), pluie, énergielumineuse, vent, hygrométrie, stade de croissance, température diurne et nocturne,
  • –  morphologie de la fleur (microclimat intérieur = quelques degrés de plus)
    Un exemple :
    chez Robinia pseudoacacia, la production de nectar est conditionnée par un sol bien humide, une température supérieure à 20°C et un temps sec lorsque les fleurs s’épanouissent.

Sève brute et sève élaborée

La sève brute est un mélange d’eau et de sels minéraux (N, P, K + Mg). Celle-ci monte des racines jusque dans les feuilles par les tissus vasculaires internes (xylème). Dans les feuilles, grâce à l’énergie lumineuse, se produisent des réactions chimiques qui transforment la sève brute en sève élaborée riche en glucides (hydrates de carbone). Cette sève élaborée est ensuite répartie dans l’ensemble du végétal par les tissus vasculaires externes (phloème). Une partie peut être stockée afin de constituer des réserves nutritives (bourses fruitières, racines tubérisées, etc).

Le nectar est une excrétion de sève élaborée, légèrement modifiée par les glandes nectarifères, les nectaires. La qualité et la disponibilité de la sève élaborée est conditionnée par une sève brute abondante elle-même produite par : arrosage + sels minéraux + fertilité des sols + t° > 15 °C + forte vitalité de la plante.

Le nectar est un suc sécrété généralement par les nectaires des plantes, soit directement par les cellules épithéliales (couches cellulaires superposées) ou les trichomes (excroissances formées sur les tissus externes), soit indirectement via les stomates (orifice situé souvent sur la face inférieure de feuilles) par le parenchyme foliaire. Pouvant être considéré comme de la sève élaborée modifiée pendant la phase d’excrétion, il est la matière première du miel.

Le nectar est produit dans les nectaires, dont on distingue deux types : les nectaires floraux et extrafloraux.
Ces tissus sécréteurs sont généralement situés sur un disque nectarifère à la base des pièces florales (disque inséré sur le réceptacle floral à la base le plus souvent des pétales, plus rarement des sépales ou des étamines). Ils peuvent parfois être extra-floraux, et se trouver sur les feuilles, les bractées, le pétiole ou même sur une tige ou à la surface des fruits.

Les nectaires floraux sont responsables de la production du nectar destiné à attirer les pollinisateurs. Comme leur nom l’indique, on les retrouve exclusivement sur les organes floraux, tels les ovules, les étamines, le calice, la corolle ou le réceptacle. Les nectaires floraux peuvent produire des quantités de nectar allant de moins d’1 μl à quelques ml, et ce sur une durée de quelques heures allant à quelques jours.

Les nectaires extrafloraux sont situés principalement dans les feuilles, et à l’occasion dans les inflorescences et les fruits (pétiole des merisiers, tournesol).

Composition du nectar :
Eau :
La teneur en eau du nectar est très variable en fonction du climat dans lequel se retrouve la plante, et même du microclimat créé dans la fleur. Cette eau peut provenir du phloème et (ou) du xylème. L’eau contenue dans le nectar peut, au même titre que le sucre, être un attracteur pour les pollinisateurs en milieu sec.
Sucres :

Le nectar est composé essentiellement d’eau, de 7 à 70 % (% massique) et d’hydrates de carbone, essentiellement de fructose, glucose et saccharose en proportions diverses, plus rarement d’oligosaccharides (maltose, raffinose, melobiose, stachyose). Ces sucres proviennent de la sève du phloème, du parenchyme photosynthétique des nectaires ou encore de l’amidon stocké dans le parenchyme.

Acides aminés et protéines :
En plus d’acides aminés libres, on retrouve des enzymes (oxydases, tyrosinases), provenant entre autres de la sève du phloème et du parenchyme des nectaires. Ces enzymes aident à maintenir l’homéostasie du nectar.
Autres :
Il peut contenir en plus petite quantité des lipides, mucilages, acides organiques, phosphates, vitamines, ions minéraux, ainsi que des antioxydants qui maintiennent l’homéostasie de la composition du nectar. De plus, le nectar contient des composés odorants visant à attirer les pollinisateurs. Sa composition varie selon le type et la position des nectaires. La composition des sucres du nectar est très stable au sein d’une même espèce mais variable selon les espèces.
Parce que la valeur énergétique du nectar est importante pour les animaux qui visitent les fleurs, la quantité de nectar est souvent exprimée par la teneur en sucre (mg sucre par fleur). Certaines espèces d’orchidées synthétisent des molécules neuroleptiques dans le nectar, provoquant l’accoutumance des insectes pollinisateurs.
Les animaux se nourrissant de nectar (nectarivores) peuvent être intoxiqués lorsque les végétaux ont été traités avec certains insecticides.
Le nectar chez les abeilles :
Lorsqu’une abeille (Apis mellifera L.) rentre d’un vol de butinage fructueux, elle décharge le contenu de son jabot auprès de receveuses situées dans la ruche. Le nectar qui arrive, partiellement transformé par des enzymes digestives est toujours transmis par trophallaxie et il commence ainsi à circuler à l’intérieur de la ruche permettant l’évaporation d’une partie de l’eau qu’il contient. Un miel mûr ne contient plus que 17 à 18 % d’eau au maximum. A ce stade, la fermentation n’est plus à craindre.

Remarque : Tous les miels sont reconnus posséder des vertus cicatrisantes et désinfectantes pour les cellules cutanées externes (peau) et internes (muqueuses). Parmi les miels de cru, le miel de thym est l’un des plus réputés, depuis des siècles, pour son action antiseptique élevée.

Le miel de Manuka, Leptospermum scoparium, (myrtacée de Nouvelle Zélande) est présenté comme curatif de certaines infections nosocomiales. Néanmoins, aucune étude scientifique sérieuse ne corrobore ces dires. Les prix de vente de ce miel ne semblent en aucune façon justifiés.

Pollen :

La ruche lui doit sa vitalité. C’est l’aliment prépondérant de la colonie, rapporté en grande quantité et avec une grande régularité tant qu’il y a du couvain.

C’est essentiellement à partir du pollen que les abeilles synthétisent la gelée royale, ceci dans leurs glandes supra-cérébrales (glandes hypopharyngiennes) ainsi que dans leurs glandes mandibulaires. La gelée royale est la nourriture de la reine et des larves royales ainsi que des jeunes larves d’ouvrières (et faux-bourdons) de moins de trois jours.

Dans les alvéoles des larves d’ouvrières de trois à six jours, le pollen est l’un des éléments de la bouillie nutritive, ceci avec la salive, le miel et l’eau.
La quantité, la qualité et la diversité des pollens conditionnent la vitalité de tous les membres de la colonie et tout spécialement de la reine.

Lors de la visite d’une fleur, après avoir fait tomber les grains de pollen des étamines sur son corps, l’abeille humecte systématiquement cette poudre avec du nectar afin qu’elle ne s’envole pas. Puis elle la brosse méthodiquement pour en faire une pelote qu’elle rapporte dans des corbeilles situées sur la face externe de ses pattes arrières. Lors d’un vol, l’abeille ne visite qu’un seul type de fleurs. Voilà pourquoi les pelotes sont de couleurs si différentes (noire, verte, marron, grise), chacune portant l’empreinte d’une origine botanique. Une fois déposé dans des alvéoles à proximité du couvain, le pollen subit une fermentation lactique qui améliore sa digestibilité et sa conservation, tout en dégradant une partie des molécules qui le rendent allergisant (pain de pollen).

Les régions de bocage où l’on trouve des haies d’essences à fleurs fournissent habituellement plus de diversité de pollen et sont donc bénéfiques pour la vitalité des abeilles.

Intérêt du pollen chez l’homme

Surgelé ou déshydraté ?
Très riche en protéines (près de 25 %), mais aussi en sucres, en vitamines, minéraux et ferments lactiques, le pollen est un complément alimentaire souvent utilisé en cure pour renforcer les apports en nutriments lors d’états de fatigue passagère ou pour stimuler les défenses immunitaires contre les infections hivernales. Il est commercialisé sous deux formes. Surgelé, il préserve son moelleux, sa saveur, ainsi que ses vitamines et ferments lactiques (des molécules fragiles qui impliquent de le consommer dans les quatre jours suivant sa remise à température). Sous forme déshydratée, moins riche en ferments et vitamines, il garde toutefois sa richesse en protéines et en sucres, et il peut être conservé jusqu’à dix-huit mois à température ambiante.

Propolis :

La propolis est un complexe fabriqué par les abeilles à partir de leurs sécrétions et d’une série de substances résineuses, gommeuses et balsamiques. De consistance visqueuse, elle est recueillie par les abeilles sur certaines parties de végétaux (sépales des bourgeons). Les principales essences produisant de la propolis sont des conifères (écorce des pins, sapins, épicéas) et les bourgeons de plusieurs espèces d’aulnes, de saules, de bouleaux, de prunier, de frênes, de chênes et d’ormes, de peupliers (qui semblent être la source la plus importante) et du marronnier d’Inde.

L’ouvrière transporte cette résine dans les corbeilles de ses pattes arrières (de la même façon que le pollen). Ces pelotes sont d’une couleur allant du jaune-clair au vert-brun. Celles-ci ne sont pas stockées dans les alvéoles mais utilisées aussitôt par les maçonnes. Ces dernières les modifient en partie, par l’apport de leurs propres sécrétions (cire et sécrétions salivaires principalement), et l’appliquent selon leurs besoins. Plus l’endroit est chaud, plus le pourcentage de cire est important. La propolis est visqueuse et collante aux alentours de 20 °C et devient dure et cassante avec le froid ou le vieillissement. On retrouve une propolis plus concentrée au niveau du trou d’envol et sur la tête des cadres. Dans la ruche, la propolis a de multiples usages. C’est un mortier qui sert au colmatage des fissures ou interstices (courants d’air, régulation thermique), à l’étanchéité contre l’humidité et le développement des moisissures, au renforcement de rayons ou parties défectueuses de la ruche et à la protection de la colonie par la réduction de l’entrée de la ruche. C’est également un vernis aseptisant déposé en fine couche à l’intérieur des cellules avant la ponte de la reine, ou pour lisser les parois intérieures de la ruche. Elle peut également servie à momifier les animaux intrus et morts (rats et souris par exemple) trop gros pour être évacués par les abeilles, évitant ainsi leur décomposition.

Miellat :

Le miellat est un liquide épais et visqueux excrété (via l’anus) par des insectes (pucerons le plus souvent) qui le déposent sur les végétaux. Cet excrétat, issu du métabolisme de l’insecte est riche en sucres et acides aminés. Il joue un rôle important dans certaines interactions durables, notamment dites tri-trophiques entre fourmis, pucerons et plantes.

On appelle également miellat un liquide épais et visqueux riche en sucres provoqué par des champignons du genre Claviceps. Ces champignons se connectent sur les systèmes vasculaires alimentant les grains de graminées. Le surplus de sucres (dont la nature est fonction des enzymes des divers Claviceps) est excrété. Le miellat attire les insectes et peut participer à la dissémination des spores. Les feuilles de certains végétaux (tels que les ronces) en produisent également par exsudation.

L’abeille domestique l’apprécie en complément ou en remplacement du nectar. Il produit un miel plutôt sombre et moins humide que le miel de nectar (miel de sapin, miel de forêt, miel de chêne, miellat du maquis corse …).
Ce miel est très prisé, particulièrement dans les pays anglo-saxons, où il est appelé honeydew, c’est-à-dire rosée de miel.

Le miel de metcalfa est un miellat tirant son nom non pas d’une plante, comme cela est courant pour les miels, mais directement de Metcalfa pruinosa, insecte d’origine américaine ayant colonisé le sud de la France (entre autres).
La récolte de ce type de miel est très aléatoire car de nombreux facteurs (climatiques entre autres) influent sur la production. En effet, il est nécessaire que la plante, le puceron, et l’abeille puissent bénéficier de bonnes conditions, sachant que si la pluie, par exemple, convient à l’arbre, elle est plus que néfaste à l’abeille. Ce qui explique les irrégularités dans les récoltes.

La composition du miel de miellat est d’environ 16 % d’eau, 38 % de fructose, 27 % de glucose, 3 % de sucrose, 9 % de dextrose, 5 % de mélézitose, 7 % d’acides aminés et de minéraux.

Eau :

Enfin n’oublions pas que les abeilles comme tous les êtres vivants ont besoin de boire. Elle trouvent leur eau dans des mares, les eaux de ruissellement, les sols et tapis végétaux gorgés d’eau et sur le feuillage de certaines plantes (eau de guttation). Mais attention, l’abeille ne sait pas nager.

Yves Baudron

Auteur de l’article : Catherine Philippe

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